L'effectif des internés (1943-1944)

Selon nos sources, de mars à fin mai 1943 373 internés seraient entrés au camp. Ce chiffre n'est pas très éloigné de celui qui est mentionné, pour le 31 mai, dans les états du personnel et des « internés » du camp dressés chaque quinzaine par l'administration : 344. A cette date on avait déjà enregistré 12 décès ou libérations et une évasion. La différence peut être mise au compte du sous enregistrement : un certain nombre d'internés dont nous avons détecté la présence grâce aux registres du courrier sont sans doute restés très peu de temps au camp. Il y a donc de fortes chances que la liste dont nous disposons pour cette période, soit à peu de choses près complète. De juin 1943 à décembre 1944 il y a eu 17 internés de plus. La date d'entrée étant inconnue pour 6 internés cela fait un total de 396. On peut  donc dire que la très grande majorité des internés du "camp des Juifs" (94 %) ont connu les premiers mois d’occupation, dont la période de gestion par le ministère de l’Intérieur.

Les transferts au camp

Vers la fin de la première quinzaine du mois de mars 1943, il semble qu’une petite équipe composée d’Espagnols et de Juifs (de Récébédou?) ait séjourné à Masseube, peut-être pour préparer les lieux. Elle devait loger dans le bâtiment 16, et ne pas dépasser sa capacité, soit 23 personnes : l’inventaire du 19 mars 1943 y signale des « hébergés travailleurs ». Le registre des archives municipales atteste d'une occupation à compter du 11 mars, voire du 10. Ce même 11 mars, celui qui sera, le mois suivant, promu au rang de Chef du camp, André Aulanier, ouvre le registre de caisse et le registre d'inscription des factures des fournisseurs. Dans son rapport bi-mensuel du mois d'avril, son successeur, Louis Royer, fait référence aux quantités de vivres distribuées aux internés pour la période du 11 au 31 mars. On doit donc retenir la date du 11 mars 1943 comme celle de l'ouverture du camp. Le 18 mars André Aulanier ouvre le journal du courrier entrant dans le camp : mandats, lettres et colis.

Le 15 mars, en effet, près de 250 personnes sont arrivées au camp, en provenance de Nexon et de Gurs principalement. Les hommes ont complété la baraque 16 et occupé les baraques 3, 4 et 5 auxquelles se limitera leur établissement. Les femmes ont été installées dans les baraques 7, 8, 10 et 13. Les transferts des 23, 24 et 25 mars totalisent près de 90 personnes de même provenance : tandis que les hommes complètent leurs baraques, les femmes se voient ouvrir la baraque 14. Le 25 les 5 derniers arrivants se répartissent en divers bâtiments.

Dès le mois d’avril 1943, avec plus de 350 internés, la capacité nominale du camp était largement atteinte puisque l’inventaire au 19 mars fait état de 332 lits, si l’on excepte ceux de l’infirmerie (22) et ceux du poste de garde qui devaient être occupés par les gardiens, lesquels avaient eux-mêmes toutes les peines du monde à se loger sur leur nouveau lieu de travail. La Cité de Masseube avait été conçue pour 500 réfugiés. On conçoit combien cette prévision était optimiste, même si elle était envisagée pour une période courte.

Le logement

Les registres du courrier sortant, lettres, mandats et colis postaux du 18 mars au 30 juin 1943, au nombre de six et dont il ne manque qu’un exemplaire, celui du 19 avril au 10 mai, constituent une source d’information du plus grand intérêt. Outre l’identité de l’expéditeur, celle du destinataire et son adresse complète, la nature de l’objet et la somme quand il s’agit d’un mandat, il précise le numéro de baraque de l’expéditeur. Cela a permis de localiser 204 internés, soit près de 55 % d’entre eux.

Il y avait, comme dans tous les camps, des baraques d’hommes et des baraques de femmes. Toutefois, dans la baraque 14, baraque de femmes, il y avait un homme, Roger Misrahi, que l’on n’avait pas séparé de sa mère, Claire, de sa grand-mère, Rosa Gabay-Benchoa et de sa petite sœur, Suzanne. Cette situation n’a pas manqué de poser quelques problèmes au début. Roger avait 12 ans.

Dans les baraques d’hommes il n’y a pas eu de changements de mars à fin juin, mais dans quelques-unes des baraques de femmes il y a eu des permutations au milieu du mois de mai. Avant la fin de l'année, suite aux départs ou décès de plus de 130 internés, les baraques ont dû être recomposées.