Gabriel Saint-Mézard se souvient

Après l’incendie du 10 (ou du 12) octobre 1962 qui détruisit la quasi totalité des bâtiments scolaires et de l’internat de Saint-Christophe, il fallut reloger provisoirement la centaine d’élèves, tous internes, qui vivaient à Saint-Christophe. Après un mois passé dans différentes familles d’accueil à Masseube et dans ses environs, après un passage à l’école Notre-Dame transformée en dortoir pour l’accueil des classes terminales, nous sommes rentrés à Saint-Christophe.

Les nouveaux locaux avaient de quoi surprendre ceux qui n’étaient pas prévenus : certains (les première année) étaient logés dans les poulaillers (en bois) rénovés et réhabilités avec coin toilettes et douches. C’était plutôt confortable, aéré et clair… D’autres, les terminales (dont je faisais partie à cette époque) rentrèrent dans un dortoir spécial : c’était une « cabane » de bois que nous avions démontée à Masseube, dans l’ancien camp des réfugiés du côté du lotissement Lamothe.

Nous l’avions démontée tuile par tuile, panneau par panneau et remontée à l’emplacement de l’actuel bâtiment Néouvielle qui accueille aujourd’hui les BTS, sur une dalle de béton (encore humide). Nous avons remonté rapidement les différents éléments. L’hiver arrivait et il fallait faire vite… D’ailleurs je me souviens de quelques flocons de neige qui tombaient le 1° novembre, à la sortie de la messe.

L’hiver fut rude, humide et froid… surtout que notre baraquement n’était pas des plus hermétiques : il y avait des courants d’air à la jointure des panneaux et parfois même entre les planches. On collait des posters, des photos pour boucher les trous. Un poêle à bois essayait bien de donner un peu de chaleur à ceux qui en étaient proches, mais au fond du « dortoir » il ne faisait pas très chaud et il était conseillé d’amener couvertures et édredons épais pour chaque lit.

Je me souviens de certains matins où les pantoufles barbotaient dans l’eau qui remontait à travers le ciment. Les robinets des lavabos étaient parfois gelés… mais qu’importe ? On allait à la salle de traite, à l’étable, pour la douche (avec de l’eau chaude, indispensable pour le nettoyage des machines… et la toilette des élèves par la même occasion).

Après le froid de l’hiver, que nous avons passé sans trop de malades – quelques rhumes cependant – l’arrivée du printemps nous a fait beaucoup plus apprécier notre « bâtiment ». Nous étions à côté de la colline aux cerisiers (là où se trouve l’actuel internat des filles) et comme notre surveillant, le Frère Lucien, n’était pas toujours là (il travaillait dur à la mise en état de l’internat et des nouveaux bâtiments qui s’élevaient à nouveau) nous étions donc très privilégiés parce que relativement libres. Ce qui fit que nous avons pu déguster tranquillement les cerises en prenant quelques libertés avec un règlement d’internat déjà beaucoup plus souple depuis l’incendie.

Cette année-là, malgré la gravité des événements et les perturbations dans les cours, fut une bonne année scolaire puisque toute notre promotion « Renaissance » fut reçue aux examens (BPA et BEPA).

Ces événements, cet internat dans un bâtiment plutôt spartiate dont nous connaissions très peu l’histoire, ont forgé des liens très solides entre tous les élèves et nous sommes restés liés très longtemps entre nous. Aujourd’hui un peu de distance nous a séparés du fait des événements familiaux, de la vie… mais je pense que chacun d’entre nous, surtout de la classe de Terminale, n’oubliera jamais les huit mois passés dans ce baraquement.

Gabriel Saint-Mézard (juin 2008)