La construction de la Cité d’accueil

 

Contrairement à une idée généralement répandue dans la localité, la construction de la « Cité de la Gare » de Masseube n’est pas antérieure à l’année 1940.  Elle faisait partie d’une vaste opération, dans tout le département, portant à l’origine sur 800 bâtiments et l’aménagement de plusieurs châteaux ou vastes demeures susceptibles de permettre le logement d’une centaine de personnes au minimum, dont le château des Stournès (Collège et lycée Saint-Christophe aujourd'hui), au sud de Masseube, qui fit l’objet de quelques travaux. On tablait à l’époque sur 26 000 réfugiés. La cité de Masseube était une des 20 cités de la première tranche projetée avec, notamment, Auch, Montestruc, Mauvezin-Gare, Gimont, Lombez, Condom, Marciac, Riscle, Nogaro et l’Isle-Jourdain. De fait, au 28 mai 1940, l’effectif des réfugiés dans le Gers s'est élevé à 23 000, dont 4 860 arrivés avant le 10 mai, c’est-à-dire avant l’attaque allemande aux Pays-Bas et en Belgique (4 360 Alsaciens et 500 Parisiens).

 

Dès la fin du mois de septembre 1939 avaient été prescrites la reconnaissance des emplacements éligibles et la recherche d’entrepreneurs. Un recensement des capacités d’hébergement des communes du département avait également été entrepris. L’appétit de main-d’œuvre, notamment agricole, lié à la mobilisation, a poussé nombre de communes à poser leur candidature à l’opération. Dans une lettre au Préfet en date du 14 novembre, l’Ingénieur en chef du département fait le constat du mauvais état des immeubles rendus disponibles dans les villages par le dépeuplement du département. Il argue des risques de pénurie d’eau dans bon nombre d’entre eux, situés sur des sommets de collines, et préconise que le choix se limite aux communes disposant d’une adduction d’eau potable, d'une bonne nappe phréatique ou en bordure d’une rivière bien approvisionnée.

 

C’était le cas de Masseube qui disposait déjà d’un château d’eau et d’emplacements disponibles, notamment l’emprise, propriété de l’Etat, réservée pour la construction de la gare sur la ligne de chemin de fer d’Auch à Lannemezan qui ne fut jamais réalisée. Dans un rapport du 24 novembre 1939 on découvre même que trois cités étaient projetées sur le territoire de la commune et à cette fin quatre dossiers étaient déposés : la Gare, Chantegrenouille, Verdier et la Coopérative. L’autorisation a été donnée pour la Gare-Chantegrenouille le 25 novembre et pour la Coopérative le 10 janvier 1940. Seul le premier projet a vu le jour.

 

Les bâtiments montés à Masseube avaient été soumissionnés le 18 novembre 1939 par l’entreprise Chappat, de Sarrancolin (Hautes-Pyrénées). Ils étaient de deux tailles : des « pavillons-dortoirs » de 30 m x 6 m pour cinquante personnes et des pavillons-cuisines-réfectoires de 18m x 6 m. Le 18 juillet 1940 (la réalisation achevée ?) un document précise les dimensions : 30 x 6 et 21,5 x 6. A cette date, dans la douzaine de cités du Gers et en quelques autres lieux, 142 bâtiments étaient construits au titre du Service des Réfugiés. Les 16 bâtiments de Masseube et l’unique de Mirande sont dits de « type mixte » : « entièrement en bois avec charpentes (couverture) en tuiles, pratiquement indémontables sans gros déchet et non réutilisables ailleurs que dans le Gers ». L’entreprise Chappat, qui avait soumissionné pour 60 bâtiments, a eu des difficultés avec ses fournisseurs de bois et demandé la résiliation de son contrat après l'achèvement de la cité de Masseube. La pénurie a entraîné la recherche d’autres modes de construction, ce qui expliquerait à la fois la rareté de ce type et sa relative longévité, puisque indémontable et de qualité : doubles parois, couverture de tuiles, plafond en berceau lambrissé, huisseries vitrées et plancher de parquet.

 

Les autres types de bâtiments envisagés étaient :

- Un type entièrement en bois couvert de carton bitumé ou de feutre asphalté (ce n’était pas le plus favorisé) ;  

- Un type en briques, charpente en bois et couverture de tuiles, sur lequel on s’est rabattu semble-t-il par suite de la pénurie de bois ;

- Un type entièrement en béton armé, précisément celui envisagé pour la cité de la Coopérative de Masseube.

 

L'unité de base de la construction était une paire de "pavillons-dortoirs" et un "pavillon-cuisine-réfectoire" pour 100 personnes. Il était prévu aussi un édicule de latrines (« closets-urinoirs ») à cinq "cases" par baraquement-dortoir et un bâtiment de douches par cité. A Masseube il n'y eut que 4 édicules pour les latrines, pour 8 dortoirs de plus de 40 lits. Il en aurait donc fallu au moins le double. Ces édicules étaient en surélévation. On y accédait en montant six marches. Leur paroi arrière était amovible pour permettre la vidange des fosses étanches qui n’étaient pas enterrées. Quant aux moyens de toilette corporelle ils étaient particulièrement limités. Les normes prévoyaient deux lavabos-auges en fonte émaillée à 4 robinets en façade des chacun des deux pignons des pavillons-dortoirs, de part et d'autre de leur porte d'entrée. Dans la cité de Masseube seuls quatre bâtiments-dortoirs sur 8 en furent équipés et sur un seul de leurs pignons, celui orienté à l'est, en bordure de l’allée principale et avec vue sur le bourg situé à près de 200 mètres. Soit le quart des besoins évalués. Et il n'y eut point de bâtiment de douches.

 

Au moment de la soumission des travaux d’« aménagements fixes » (sanitaires, éclairage), en février 1940 (le 20) il était prévu que chaque pavillon-dortoir serait éclairé par 4 lampes intérieures (une tous les six mètres) et 2 extérieures (au niveau des pignons) ; les pavillons-cuisines-réfectoires, respectivement 8 et 2 ; les pavillons de douches 3 et 2. Au 3 avril 1940, la date probable d’achèvement était fixée au 15 mai pour les bâtiments proprement dits, et au 31 mai avec tous les aménagements fixes. Il ne semble pas que ce délai ait été respecté. Les installations ne furent sans doute pas disponibles avant la fin du mois de juin, c'est-à-dire après l'armistice.

 

Lors de la Débâcle en 1940, la cité de Masseube a accueilli des réfugiés de l’Est - des Lorrains de Marieulles et de Vezon - et des ouvriers des usines Kuhlmann de Caen (Normandie). Cette occupation a duré jusqu'au mois de février 1941. Nous savons aussi, par le témoignage de Geneviève Bérain, que des réfugiés dont elle faisait partie avec sa famille, expulsés de Saint-Jure (Moselle), par les autorités d'occupation allemandes, ont séjourné dans la cité de l'automne 1940 au printemps 1941. Les familles de réfugiés de toutes origines étant parvenues à se loger dans les communes des alentours, la cité est entrée en sommeil jusqu’au début de l’année 1943. En février 1942, le contrôleur départemental Coutens fut chargé de dresser un état des lieux et un inventaire du matériel de couchage et de cuisine en vue d'une remise en service. Il déclare avoir trouvé des bâtiments fermant à clef mais dans l’un desquels des individus parvenaient à s’introduire « avec l’aide très probable de fausses clefs, et qu’ils (faisaient) usage de l’électricité malgré que les ampoules aient été retirées ». Il s’inquiète du fait que ces inconnus aient transporté dans ces dortoirs « une certaine quantité de paille », évoquant le risque d’incendie.