Le centre d’hébergement

 

La décision de retenir la cité d'accueil de Masseube pour la création d'un "centre d'internement" doit remonter au moins à la fin de l'année 1942. Dès le 5 janvier 1943, en effet, le Secrétaire Général du Service des Réfugiés ne la comptait plus dans la liste des sites disponibles pour le casernement des troupes d'opération  ni l'hébergement des réfugiés des zones côtières. Les premiers travaux avaient commencé, assurés par la municipalité de Masseube à laquelle le 12 janvier le Préfet annonçait l'envoi de 8 m2 de contreplaqué pour remplacer les vitres cassées aux baraquements. Le 20 le Préfet demandait même au Procureur du Tribunal d'Auch des nouvelles des suites données au procès verbal dressé le 20 novembre précédent par la Gendarmerie de Masseube contre un inconnu "concernant un vol commis au préjudice du Service des Réfugiés dans un baraquement de la Cité de Masseube"

 

Le 11 février le Préfet était en mesure d'envoyer à Vichy, au ministère de l'Intérieur, un relevé des travaux effectués pour mandatement à la commune. Le détail de ce relevé ne nous est pas connu. La veille toutefois, le Préfet avait confirmé à l'Ingénieur des Ponts et Chaussées qu'il y aurait lieu de "prévoir l'installation de planches à paquetage au-dessus de chacun des lits de chaque baraque ainsi que l'installation à l'intérieur des baraques-dortoirs de 6 lavabos par baraque le plus rapidement possible", et, en post scriptum, "un second poêle dans chaque pavillon-dortoir." Sans doute était-ce à la demande de l'"Inspecteur du Camp de Masseube", M. Aulanier, déjà sur place et que le 16 le même Préfet informait de la remise entre les mains de l'Ingénieur des Ponts et Chaussées des bons de monnaie-matière qui lui étaient parvenus.

 

Cela ne l'empêchait pas le même jour de donner à Vichy, à la Direction du Personnel et de l'Administration, son feu vert au "transfert des vieillards" : "J'estime en effet que les améliorations demandées par M. l'Inspecteur Général des Camps pourraient être réalisés ultérieurement. En effet, tel qu'il est aménagé actuellement, le Camp de Masseube a déjà servi à plusieurs reprises à l'hébergement massif de réfugiés". Cette dernière affirmation nous étonne.

 

Jusqu'au 22 février on voit passer dans la correspondance du Préfet des bons de monnaie-matière pour du bois, du fer et de l'acier sans savoir exactement à quels travaux ils ont été employés par, cette fois, l'équipe d'une entreprise massylvaine. Enfin, le 25, le Préfet demande aux Ponts et Chaussées d'établir une autorisation de circuler à M. Aulanier, "chargé de l'organisation du camp d'internés de Masseube".

 

En cette fin de l'année 1942 ou au début de l’année 1943, lorsque fut prise la décision de remettre en service ce qui allait devenir un "Centre d’hébergement" du ministère de l’Intérieur, c'est-à-dire un camp d'internement, la première préoccupation était naturellement d'en clôturer le périmètre. Dans une lettre du 8 janvier, le Préfet du Gers demande qu’il soit procédé, pour le 15, à la pose d’une clôture de 1 m 50 de haut comportant deux à trois rangées de fil de fer ordinaire, en prévision de l’arrivée imminente de 500 internés.

 

De mars à mai 1943, alors que le centre est déjà entré en fonctions, se déroule un feuilleton quelque peu rocambolesque. On était sans doute toujours, dans les services de la préfecture, à la recherche d’une solution de clôture. M. De Cassagnac, colonel en réserve et ancien député d’Auch, en avait fait poser une autour d'un terrain à Couloumé-Mondébat, près d’Aignan, pour se constituer une réserve de chasse. Il s’agissait d’un grillage renforcé de 1 m 75 de haut, doublé de barbelés et soutenu par des traverses de chemin de fer. Le périmètre de la réserve faisait quelque 3 à 4 km. On n’a rien moins imaginé que de déposer cette clôture et de la transporter pour l'installer au centre de Masseube. L’Ingénieur dépêché sur les lieux a constaté l’impossibilité de la chose et on y a renoncé.

 

L'état des lieux au 30 avril 1943

 

On ne s’étonnera donc pas que dans son rapport bi-mensuel du mois d’avril 1943 le Chef de camp du moment, Louis Royer, constate qu’une partie seulement du périmètre du camp est clôturée par « une palissade en lattes de bois haute d’un mètre environ et servant plutôt à la délimitation du terrain. » Il n’évoque pas l’autre partie du périmètre, mais il poursuit : «  En raison de la destination du Centre, classé actuellement comme Centre d’accueil, il ne semble pas nécessaire qu’il doive être envisagé de le clôturer d’une façon plus efficace ».

 

Dans ce même rapport, le Chef de camp relève toutes les insuffisances de l’installation. Dans les dortoirs, il n’y a pas d’étagères. On connaît les conséquences de cette situation, pour les hébergés, par le « rapport anonyme sur le camp de Masseube » (CDJC - CCXVI-47a - Fonds FSJF). Il était formellement défendu de suspendre tout vêtement. Il fallait donc tout ranger dans les lits. Faute de possibilité de toilette corporelle, de rangement et en l’absence de moyens de désinfection, les poux n’ont pas tardé à proliférer et ont constitué le supplice quotidien des hébergés.

 

A l’extérieur, la seule artère du camp qui fût empierrée, insuffisamment, était celle longeant les façades est des bâtiments. En direction des lavabos, des latrines situées à l’ouest et vers les cuisines s’est rapidement créé un réseau de sentes transformées en fondrières aux premières pluies, et cela d’autant plus facilement qu’entre les bâtiments la collecte du pluvial était insuffisante. En ce 30 avril 1943 même, les fosses d’aisance, pleines depuis la fin de la première période d’occupation, c'est-à-dire depuis celle qui semble avoir duré de l'été 1940 au printemps 1941, n’avaient toujours pas été vidées.

 

Le Chef de camp en conclut à l'urgence d’entreprendre des travaux d’extension (deux baraquements), d’équipement des dortoirs de « planches à paquetages », de regroupement des lavabos sous deux appentis à construire, un pour les hommes et un pour les femmes. Il demande une attribution de pierre, gravier ou mâchefer, du matériel de buanderie et une étuve à désinfection, une dotation de quarante extincteurs. Les seules choses qu’il soit parvenu à obtenir, semble-t-il, sont quelques buanderies avec foyer et la vidange des fosses d’aisance par une entreprise de Condom.

 

L'état des lieux au 1° juillet 1943

 

Au moment de la cession du centre au ministère du Travail, le 1° juillet 1943, l’état des lieux est éloquent : à part le bureau d’entrée du bâtiment de direction, le bureau et la popote du Chef de camp, la pharmacie et la salle des pansements de l’infirmerie, le local des organismes de secours, rien ne ferme, pas même le magasin et le dépôt de matériel. Des portes sont sans serrure, les serrures sans clefs ou ne fonctionnent pas. Le nombre des carreaux cassés ou manquants s’élève à 117. L’inventaire des points lumineux utilisables précise qu'il n’implique pas la présence des ampoules. Pour les 16 baraques on compte une seule prise de courant, à l’infirmerie, dans la salle des pansements.