CCXVIII-18a fonds FSJF

Ce document, qui nous est anciennement parvenu sans mention d'origine, répond vraisemblablement à la cote ci-dessus.

Rapport de l’aumônerie générale du camp de Masseube, établissant un compte rendu de l’état sanitaire du camp le 16 juin 1943

Visité le 16 juin 1943 

                                    CAMP DE MASSEUBE

Le camp de Masseube se trouve en lisière du village du même nom, à proximité d’Auch (Gers). Lors de la visite effectuée par l’Aumônier général, le commandant se trouvait absent. Mme Galerne, Infirmière-chef, a fait visiter le camp.

Le casernement est convenable mais ne paraît pas adéquat à la spécialité de ce camp, lequel est un camp pour vieillards. Il s’agit d’un effectif qui est actuellement de 350 personnes (202 femmes et 124 hommes), presque tous juifs. On ne compte que 60 non-juifs, presque tous espagnols. Il y a également quelques enfants.

La situation alimentaire est particulièrement pénible. Les vieillards n’ont pas reçu un seul litre de lait depuis l’ouverture de ce centre, en mars. Actuellement les prestations s’élèvent, en tout, à 300g de légumes frais par jour et par personne. Les menus font illusion (ex : soupe de choux, choux et poireaux, saucisse de bœuf, légumes déshydratés) encore que l’Infirmière-chef ait averti qu’il s’agissait de denrées en quantités tellement infimes qu’il ne fallait pas s’y  arrêter. La réalité est encore plus pénible. La soupe du soir, mercredi16 juin, comportait, en tout et pour tout, une louche d’eau chaude. Au fond du pot, quelques feuilles de choux. 

La situation sanitaire se ressent de cet état de choses, comme on peut le voir par le tableau ci-après : 

                             Situation sanitaire

 

mars

avril

mai

juin

Cachectiques

55

79

93

126

Cardiaques

104

119

122

132

Asthmatiques

17

22

18

15

Oedèmes de carence

8

9

6

4

Oedèmes cardiaques

0

3

2

6

Ulcères

6

6

5

5

cancers

0

0

1

1

Affections pulmonaires

36

18

4

0

 

 

 

 

 

 
Il convient d’ajouter que 57 sont pré-cachectiques et qu’il n’y a donc que 17 personnes valides. 

Plusieurs vieillards ne se lèvent plus, à cause de leur faiblesse et l’un d’entre eux ne peut se lever, faute d’une paire de béquilles. 

L’infirmière-chef qui nous donne tous ces renseignements statistiques me dit qu’elle a lancé des appels sans effet au Ravitaillement Général. On ne trouve rien sur place. Il convient d’ajouter également que le médecin-chef de Masseube étant  le maire du village, veille à ce que rien ne soit acheté à Masseube pour éviter la hausse des prix… L’U.G.I.F. d’Auch n’arrive pas à fournir des vivres en quantité suffisante. Et la farine qu’elle a procurée a dû être donnée aux cochons, faute d’être comestible. 

De ce fait, le maximum de calories par personne est de 700 au lieu de 2000 qui sont le minimum nécessaire pour une personne au repos et couchée. 

Au camp, se trouve interné un médecin israélite qui rend les plus signalés services : le docteur Gerstenfeld. Avec le rabbin Grzymisch, il forme le comité de l’Aumônerie. Celle-ci est organisée de façon régulière. Les offices sont quotidiens et se déroulent au foyer. L’Aumônerie Générale a pu procurer un Sefer-Torah qui est arrivé le jour même de ma visite. Un service religieux a été célébré, à cette occasion, par mes soins (dans le texte avant correction manuelle : « par les soins de l’Aumônier Général »).

Une liste officielle des internés qui n’ont jamais reçu de colis figure en annexe.

Là, comme dans tous les camps, l’assistance est centralisée entre les mains d’une Infirmière-chef. Les résultats sont, comme ailleurs, particulièrement pénibles. Les témoignages sont unanimes. Une seule œuvre fonctionne au camp, la Cimade, que dirige avec beaucoup de cœur Mlle Sénat.

On demande des Tephilins, des ( machsorims ?  peu lisible )

Particulièrement ému par la situation de ce camp, l’Aumônier Général a immédiatement entrepris une action immédiate de secours.

Sur son intervention, les Quakers ont envoyé au camp les denrées suivantes : 

(v. lettre Quakers Toulouse)

Il a signalé au S.S.E. qui doit prendre ce centre en charge, à partir du 1° juillet, le caractère particulier de ce camp qui doit être considéré plutôt comme hôpital que comme un centre d’accueil (visite au S.S.E. de Toulouse et coup de téléphone à Vichy).

Enfin il a été assez heureux pour trouver, dans les jours qui ont suivi sa visite à Masseube, 170 parrains, à Toulouse, à Montauban et à Villeneuve-sur-Lot, qui ont aussitôt envoyé à tous ceux qui, jusqu’à présent n’avaient jamais reçu de colis, des paquets substantiels et des lettres réconfortantes. Les 36 non-Israélites qui figuraient sur la liste des nécessiteux ont été confiés à l’évêque de Toulouse, par les soins de l’Aumônier Général. Celui-ci a enfin pu faire parvenir une paire de béquilles.

L’Aumônier Général a envoyé, lui-même, 20 fromages et, avec la collaboration de l’U.G.I.F. de Toulouse, 10 (?) kg d’orge qu’il a trouvés. Les livres de prière demandés ont été envoyés.