A.D. B.-du-Rh. 128 J

Dans cette enquête, il y a une erreur dans le compte des hébergés (les Espagnols ?) demeurés ou fraîchement arrivés au centre.

SERVICE SOCIAL D’AIDE AUX EMIGRANTS

Mai 1945

ENQUETE DANS LE CENTRE de MASSEUBE (Gers)

Fondé en 1942

I – Situation géographique

Pays charmant, vallonné. Pas d’humidité. Chaud en été.

Chemin de fer le plus près : AUCH à 24 kilomètres. TOULOUSE à 100 kilomètres.

Facilités de ravitaillement : œufs à volonté.

II – Fonctionnement

Monsieur BORGERIE (Bourgerie) seul pour la direction et la partie administrative. Il est depuis peu chef de ce centre. Il était autrefois dans un camp de Travailleurs Etrangers. Homme très sympathique, père de 4 garçons, dont 3 prisonniers en Allemagne. (Le 4° n’a que 6 mois : ajouté à la main.)

III – Effectif

A part les Espagnols, tous les hébergés sont des Israélites.

Nationalités

Hommes

Femmes

Total

Allemands

19

82

101

-

 

1 (protestante)

1

Polonais

2

4

6

Autrichiens

1

1

2

-

1 (catholique)

2 (catholiques)

3

Tchèques

 

1

1

Turcs

1

 

1

Bulgares

1 (orthodoxe)

 

1

Espagnols

58

5

63

 

83

99

182

Les Espagnols ne sont là pour la plupart que depuis le 14 février 1945.

Le camp contient en tout 182 Personnes dont 8 ménages.

IV – Description

16 Baraquements aménagés en dortoir.

1 baraque sert comme foyer
1 comme cuisine
1 comme écurie où sont entreposés une voiture et les chevaux destinés au ravitaillement. On y remise aussi la camionnette qui appartient au centre.
1 baraque sert comme infirmerie (hommes et femmes séparés par une cloison)
1 comme magasin à provision (haricots, flocons d’avoine, huile, confitures)
1 comme réserve de draps, matelas, « illisible », sabots pour les hommes.
Les autres baraques servent de dortoirs, aucune n’est aménagée en boxes.

Les 8 familles sont donc dispersées.

Il manque le bois pour cet aménagement et surtout les crédits nécessaires (une baraque suffirait pour le logement des 8 familles).

Eclairage : de jour fenêtres de chaque côté des baraques (soleil et lumière) de nuit Eclairage électrique.

Réchauds électriques chez la plupart des hébergés.
Un poste de TSF au foyer.

Chauffage : au bois (qui serait en quantité suffisante) 2 poêles dans chaque baraque (vu la saison ils ont été remisés).

Sol surélevé : plancher en bon état, mais où pullulent les puces et les punaises. Manque de désinfectant. D’ailleurs impossibilité de détruire ces parasites qui se mettent jusque dans le toit des baraquements.

Toit : briques (tuiles) plates.

V – Emploi du temps : aucun

Travail : aucun hébergé n’a de contrat. Seulement petits travaux dans les environs où les Espagnols mutilés sont très souvent employés dans une ferme qui leur donne en échange la nourriture. Il y a aussi un fabricant de souliers en raphia : il demande 350 Francs par paire, et, si l’on porte les matières premières, 250 Francs de façon. On trouve un cordonnier, vieillard à barbe blanche, un tailleur, un menuisier. La cuisine est faite par un ménage espagnol (le père, la mère et la fille)

Tous ces travailleurs sont d’ailleurs Espagnols.

Nourriture : Le matin : café sans ersatz.

A 10 heures, soupe d’orge perlée ou légumes secs, flocons d’avoine.
Cette soupe est servie par le Comité Israélite. Elle est donc faite à part pour bien montrer cette différence aux hébergés, mais tous en bénéficient.

A Midi 30 et à 19 Heures Repas.

En plus de la ration nationale des 500 grammes de viande par mois, le ravitaillement accorde très facilement l’abattage d’un veau entier pour le camp ce qui fait que la viande est servie presque chaque jour.

Le Préfet du Gers est en bons rapports avec la Direction et tout le monde profite de cette bonne entente.

Il n’y a pas d’élevage de lapins individuel, ceci n’est pas autorisé. Le dernier cochon tué il y a un mois n’a pas été renouvelé à cause de l’insécurité de l’avenir des Centres du Contrôle Social.

VI – Etat sanitaire -

Excellent – Les malades sont hospitalisés à AUCH.

L’infirmerie du Camp qui est surveillée par le Docteur 2 femmes Israélites assurent la charge d’infirmières.

Il y a 35 Mutilés de la Guerre d’Espagne
      Et 2 (mutilés) du Travail
          1 Aveugle
          1 Femme Idiote
          1 Pré-Tuberculeux.

- Situation vestimentaire -

Déplorable pour les Espagnols

Les autres ont ce qui leur faut à ce point de vue.

VII – Améliorations souhaitables -

Aménagement en boxe (sic) d’un baraquement destinés aux familles au nombre de 8.

Installation d’un lavoir, de lavabos, de douches

Désinfection.

Organisation d’un service social pour la mise au travail (Tous ces hébergés, pour la plupart en bonne santé, vivent là comme à l’hôtel, sans faire le moindre effort pour se rendre utiles) La corvée des légumes n’a souvent que 3 ou 4 personnes de bonne volonté, malgré le grand nombre d’hébergés.

L’entretien du camp est un grave problème pour le Délégué, qui pendant l’hiver n’avait personne pour décharger les camions de bois. A part quelques bonnes volontés, toujours les mêmes, les autres hommes disparaissaient à ces moments-là dans la campagne, plutôt que de prêter main forte pour ce travail, dont ils étaient les premiers bénéficiaires.

Il serait donc souhaitable que cette inaction dans laquelle chacun se complait cesse au plutôt (sic), car chacun se déshabitue petit à petit du moindre effort et serait incapable à réagir devant les difficultés quotidiennes de la vie, lorsqu’il sera redevenu libre.

La literie est constituée par du matériel militaire : les lits en bois sans sommier sont très durs pour les mutilés.

Chaque hébergé va chercher son repas à la cuisine et doit l’emporter dans des plats qui ont servi à faire la toilette, n’ayant pas d’autre récipient pour mettre les aliments.

La question des vêtements est aussi angoissante pour les Espagnols : à notre passage à TOULOUSE, nous signalons cette situation au secours QUAKER, qui en a compris la gravité et a envoyé aussitôt 100 Chemises et Pantalons.

Mesures sociales à envisager pour les hébergés -.

Placement dans centre de rééducation ………..

3

Appareillage ………………………………….

5

Règlement de pension pour accident du travail

1

Placement dans préventorium ………………..

 

Emigration ……………………………………

22

Recherche de parents …………………………

10

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Remarques : Le délégué du Centre ayant fait une enquête parmi les hébergés pour demander les personnes désirant leur libération, un pourcentage infime (4 ou 5 en tout) répondit affirmativement.

Nous constatons aussi la différence existant entre les hébergés israélites bien habillés, mieux nourris (leur comité adresse à presque tous 1.000 frs par mois ce qui leur permet d’améliorer l’ordinaire) et les réfugiés espagnols en guenilles, ayant difficilement l’argent pour acheter le tabac, aucun comité ne les aide. Ils sont d’ailleurs tout disposés pour leur admission dans des centres de rééducation.