L’Affaire Valérie G.

Valérie G., née en Turquie et résidente en Bohème au début de la guerre, se disait apatride. Elle était entrée au camp, semble-t-il, le 8 août 1945 avec ses deux enfants âgés de 8 et 6 ans.

Après son abandon par son compagnon et père de ses enfants, un Sudète allemand, elle avait fait un aventureux périple en Allemagne, au cours duquel elle disait avoir eu l’occasion de faire l’expérience du « camp pénitencier ». Après la capitulation de l’Allemagne, toujours selon ses dires, elle avait atterri à Paris, à l’hôtel « Lutetia » entre autres. Elle affirmait avoir été « envoyée » à Masseube par un mystérieux abbé Glasberg.

Forte sans doute de son expérience, elle avait assorti ses critiques à l’égard de la nourriture, principalement celle de ses enfants, de l’affirmation selon laquelle « le camp de Masseube avait plutôt l’air d’un camp de concentration que d’un camp d’hébergement ». Ce jugement ne pouvait que remuer les mauvais souvenirs de la récente affaire du Comité de Nice dans l’esprit du Directeur du camp Pierre Bourgerie ! De plus, dans l’espoir de faire aboutir en plus haut lieu ses réclamations contre ce dernier, elle avait entamé une démarche auprès de la famille d’un militant du parti communiste de la localité.

Une fois de plus le Commissaire Principal, Chef du Service Départemental des Renseignements Généraux du Gers, a fait enquête. Il l’a faite auprès de quatre internés espagnols, dont un enfant de 9 ans. A cette date, il n’y avait presque plus que des Espagnols dans le camp.

Les trois témoignages d’adultes mêlent charges contre la personnalité de Valérie G. et jugements subjectifs : « Cette femme se livre à la boisson, elle met la perturbation dans le camp, principalement depuis le jour où le directeur du camp l’a avisée qu’elle devait travailler conformément aux instructions ministérielles » note le témoin n°2 et père du témoin n° 4. Pour lui, son passé, sa prétendue nationalité turque et sa connaissance de plusieurs langues laissaient à penser qu’elle n’était rien moins qu’un « agent fasciste ».

Ce que confirme le témoin n° 3 de façon plus virulente : « C’est une alcoolique qui parle à tors et à travers, qui est très irrespectueuse vis à vis du directeur du camp et qui refuse de se livrer au travail… Elle a des sentiments nazis, elle était mariée avec un militaire allemand. Ses façons de faire ressemblent étonnamment à des actes de provocations ».

Peu importe le bien fondé des critiques de Valérie G. et des charges réunies contre elle. Cette ultime crise est révélatrice des tensions qui persistaient dans ce qui, après le départ de la très grande majorité des Juifs au mois de novembre, devenait le « camp des Espagnols ».