A.D. Gers 1W617

« Je me nomme G. Valérie, âgée de 47 ans, née le 15 février 1898 à Constantinople (Turquie) de feu Vincent et de CHAUBE Mathilde. Je suis célibataire et mère de deux enfants âgés respectivement de 8 et 6 ans. Je suis apatride, je ne possède pas de carte d’identité d’étranger. Je n’ai pas de profession définie. Je demeure actuellement au camp n° 24 bis à Masseube (Gers). 

En 1939, je résidais en Bohème à Liblice avec mon ami nommé SCHLADA François, avec lequel j’avais eu deux enfants : il était sudète Allemand (souligné à la main)

Mon ami m’a quitté(e) pour une autre femme dans le courant de l’année 1941, j’ai alors quitté Liblice pour les lieux suivants : Vrutice (Bohème) Zabor (Bohème). Je dois vous dire qu’avant de résider à Zabor, j’ai été arrêtée par les autorités Allemandes et mises (sic) dans un camp pénitencier à Egres (Bohème), comme suspecte. Après Zabor, j’ai demeuré toujours avec mes deux enfants à Brozanki (Bohème). Le 8 Mai 1945, j’ai quitté ce lieu pour fuir devant l’avance Russe. J’ai été recueillie par la suite par les troupes américaines et mise dans un camp d’aviation du côté de Egres –(Bohème). 

De ce dernier endroit en passant par Nuremberg, Sarrebourk, Metz je suis allée à Paris, sans vouloir y parvenir. Je me suis alors souvenue que j’avais mon frère François G. résidant à Bois-Fleuri (Seine-et-Marne). Mon frère étant en Angleterre je suis allée trouver ma belle-sœur demeurant rue Garde N° 22 à Paris (18ème). Ma belle-sœur n’ayant pas de place pour me loger j’ai été au Palace « Lutetia ». De ce dernier lieu je suis partie pour ROUEN chez Mme de VILLARS au château de Gravanchon (S.I.). Ce château n’étant pas la propriété de Mme de Villars je suis revenue au Palace Lutetia. Pendant mon séjour à Rouen j’ai fait accidentellement la connaissance de M. L’abbé GLASBERG par l’intermédiaire de M. LUBENECH. L’abbé m’a finalement envoyé(e) au camp de Masseube. 

Trouvant que le camp de Masseube avait plutôt l’air d’un camp de concentration qu’un (sic) d’un camp d’hébergement, que depuis le mois d’Octobre la nourriture était insuffisante pour les enfants qui ne touchaient même pas le supplément prévu pour eux, je suis allée trouver M. D. Devant mes réclamations M. D. m’a déclaré qu’il ferait le nécessaire auprès de son fils membre du Parti Communiste Français. Je précise que mes déclarations faites auprès de M. D. ont été verbales. 

Je lui ai déclaré également qu’un paquet qui m’avait été envoyé par les Quéckeurs (sic) Américains de Toulouse, paraissait avoir été ouvert. 

Je renouvelle auprès de vous les déclarations que j’ai faites auprès de M. D. 

Lecture faite persiste et signe. 

Valérie G.