A.D. Gers 1W592 

SOUS-PREFECTURE DE MIRANDE 

Le 5 juillet 1943 

Le Sous-Préfet de Mirande 

à Monsieur le PREFET DU GERS (Cabinet

OBJET : Centre d’accueil de MASSEUBE.
REFERENCE : Vos instructions téléphoniques ce jour.
PIECES JOINTES : 1 

Comme suite à vos instructions citées en référence, je me suis rendu à MASSEUBE pour examiner le fonctionnement du camp au point de vue du régime appliqué à la circulation des hébergés. 

1° - Actuellement, période de transition pendant laquelle le camp passe du Ministère de l’Intérieur au Service Social des Etrangers, dépendant du Ministère du Travail, les 298 hébergés ne sont plus gardés ; ils ne sortent pas pendant la journée, mais la nuit quelques éléments valides essayent de se rendre dans les fermes environnantes pour se procurer du ravitaillement. Actuellement, les hébergés peuvent, de par la disposition et l’état des lieux, sortir comme ils le veulent. 

La gendarmerie locale (effectif 5 hommes) fait des rondes dans la commune, mais n’a encore réussi à arrêter personne. 

Le Directeur du camp a interdit aux hébergés toute sortie hors du camp. D’accord avec lui et avec M. LESAGE, j’ai donné ordre à la Gendarmerie d’arrêter tous les hébergés rencontrés hors du camp et de m’aviser. Je ne manquerai pas de vous rendre compte immédiatement, pour décision, de tout fait de cette nature. 

2° - Après réduction de l’effectif de l’ordre de 50 % qui sélectionnera les éléments, en enlevant notamment les couples, le régime à venir est celui prévu par le document ci-joint, qui n’est pas parvenu en son temps au Cl. ROYER. 

Ce régime qui entrera en vigueur dans une huitaine, appelle à priori quelques remarques :  

1° - Dans quelles conditions fera-t-on la sélection préalable envisagée ? La nouvelle direction du camp ne connaissant pas les hébergés risque de manquer d’éléments d’appréciation si elle ne fait pas ce travail en collaboration étroite avec l’ancienne direction. 

2° - L’importance de la zone de circulation : le canton. 

3° - Les conditions dans lesquelles seront délivrées les autorisations de sortie par le Chef de Camp. A ce sujet il m’a fait connaître son intention de n’en délivrer que pour les hébergés employés à des corvées ou pour subir certains soins, (soins dentaires, par exemple) ; il m’a formellement été indiqué que les hébergés ne seraient pas autorisés à se promener dans la commune ou dans la région et que le camp serait clôturé, mais non gardé ; son accès serait formellement interdit à tout étranger. 

4° - Ce qui précède amène à se demander quel va être le régime réel des hébergés ; théoriquement, ils sont libres, pratiquement, ils ne seraient pas autorisés, sauf exception, à sortir. 

5° - Le document joint ne parle pas de « gardiens ». Les hébergés seront soumis à deux appels (1 le matin, 1 le soir) et le reste du temps ils resteront dans l’enceinte du Camp. Il serait étonnant, malgré la clôture, l’unique porte et les rondes prévues, qu’ils n’essayent pas de se répandre dans la campagne pour tenter d’améliorer leur ravitaillement ; opération facilitée par le fait qu’ils ont un peu d’argent et que certains anciens gardiens resteraient au Camp, investis d’autres fonctions. Cet inconvénient peut-être grandement atténué si les éléments valides sont dirigés sur d’autres Centres. 

D’autre part M. de Cl. ROYER et M. le Président de la Délégation Spéciale de MASSEUBE, établissent une liste des hébergés qu’il serait, selon eux, souhaitable d’éloigner de MASSEUBE. Dès que le document sera en ma possession je vous le transmettrai. 

Enfin, en attendant que soit fixé le régime définitif, le renforcement de la Brigade de Gendarmerie permet des rondes très fréquentes dans la commune et empêchera ainsi les hébergés de sortir de leur Camp. Il serait bon que le rôle de la Gendarmerie vis à vis des hébergés soit nettement précisé, lorsque le régime nouveau entrera en vigueur. 

Il semble toutes fois que seule une sélection rigoureuse des individus restant au Camp, permettra d’éviter des incidents et empêchera des éléments plus ou moins turbulents de troubler le calme de Masseube. 

Le Sous-Préfet, 

(signé illisible)