A.D. Gers 1W592 

(Transcrit ici presque intégralement.)

MINISTERE DE L’INTERIEUR

Direction Générale de la SURETE NATIONALE 

CENTRE D’HEBERGEMENT
MASSEUBE (Gers) 

MASSEUBE le 30 avril 1943. 

RAPPORT BI-MENSUEL du Mois d’AVRIL  1943                                       

I ère PARTIE. – PERSONNEL. – MATERIEL. – COMPTABILITE. 

I. – RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES. 

a/. Capacité réelle du Camp, actuellement complet :                   350
b/. Effectif des Internés au dernier jour du mois :                       343
c/. Nombre de places disponibles au dernier jour du mois :          7
d/. Nombre de journées d’internés ouvrant droit aux primes :
                     Mars (du 11 au 31) :                                         5 192
                     Avril :                                                            10 412
e/. Montant des crédits pour les mois écoulés :
                     Mars :                 67 436
                     Avril :               135 356
f/. Montant de la régie d’avance au dernier jour du mois
                     Crédit pas encore reçu du Trésor
g/. Effectif du Personnel de Garde par catégorie au dernier jour du mois.
                        Chef de Camp                          1
                        Gestionnaire                             1
                        Inspecteur-Chef                        1
                        Inspecteurs                               8
                        Brigadiers-Chefs                       2
                        Brigadiers                                4
                        Gardiens                                  35
                        Agents-Spéciaux                       5
                        (Infirmière Chef                       1
Service             (Infirmières Major                    2
Médical.           (Infirmières                              4         
                                               TOTAL           64 

II. – PERSONNEL 

APPRECIATION GENERALE 

D’une façon générale le personnel, affecté au Camp est très déficient. Trop nombreux sont les agents qui ont été envoyés à Masseube par mesure disciplinaire et pour lesquels cette mesure constitue un dernier avertissement avant licenciement. Dans ces conditions, la Direction ne peut pas compter sur la collaboration indispensable du personnel dont elle dispose. 

ORGANISATION 

................................ 

III. – LES HEBERGES. 

RAPPORT MEDICAL DU MOIS D’AVRIL 1943 

J’ai l’honneur de vous rendre compte des faits principaux qui se sont passés durant le mois d’avril 1943 au Camp de Masseube (Gers) concernant le service de santé. 

L’Effectif du Camp comprend :
1°/. Personnel de surveillance appartenant à l’administration : 51.
2°/. Internés : 346.
Etat du Personnel médical : 1 Médecin assermenté.
Etat du Personnel paramédical : 1 Infirmière-Chef, 2 Infirmières Major, 4 Infirmières. 

Aperçu sur l’état sanitaire du camp. 

Pendant la période du 1er au 25 Avril les hébergés se sont mal acclimatés à cette région tant au point de vue asthme qu’au point de vue cardiaque. 

Décès.
Nous avons eu 2 décès au cours du mois, (à l’hôpital d’Auch)
1 œdème de carence (femme)
1 bronchite avec foyer pulmonaire (femme) 

Hospitalisations.
3 hospitalisations au cours de ce mois à l’hôpital d’Auch.
1 œdème de carence (femme)
1 cachexie extrême (femme)
1 bronchite avec foyer pulmonaire (femme) 

Entrées à l’Infirmerie du Camp.
11 malades  sont entrés à l’Infirmerie du camp pour des affections diverses.
4 hommes
7 femmes
Le gardien H. Henri a été hospitalisé pour otite. 

Malades à la visite journalière.
La visite se fait journellement dans toutes les baraques avec le Médecin hébergé et l’Infirmière de service ; le plus souvent avec contre-visite du Médecin Chef Français avec Infirmière-Chef ou Infirmière-Major, comme il est d’usage dans ce camp.
114 hébergés ont suivi des traitements et il a été fait 567 pansements en général de peu d’importance à part 2 anthrax.
Nous avons le regret de constater :
79 cachexies (grosse augmentation sur le mois précédent par suite du ravitaillement difficile)
119 cardiaques (+ 15 sur le mois précédent par suite du climat.)
22 asthmes (même raison que pour les cardiaques climat défectueux.)
9 œdèmes de carence (1 de plus que le mois dernier)
3 œdèmes cardiaques.
3 otites.
Par contre aucun changement avec :
6 ulcères
2 maladies de Parkinson
2 maladies de Basedow
18 affections pulmonaires (diminution sur le mois précédent). 

Suralimentation.
Le Secours National fonctionne régulièrement depuis le 15 avril, une soupe est distribuée à raison de 100 rations par jour, par roulement. Nous avons grand besoin de produits sucrés et plus de matières grasses, malheureusement le Secours National nous a avertis de ne pas y compter.
Le Secours Suisse fonctionne comme le mois dernier avec distribution de soupe, de fromage, etc…, et nous fournit régulièrement le lait dont le camp a besoin  (poudre ou condensé) 

Maladies parasitaires.
Etant toujours sans douches et n’ayant qu’une désinfection très rudimentaire et un rechange de linge inexistant, nous constatons encore trop de pouilleux. Pour la même raison de manque d’hygiène nous vous signalons :
2 gales parmi les hébergés.
2 gales parmi le Personnel gardien. 

Besoins. – Désirs et Suggestions.
Nous n’avons eu aucune réponse à notre demande de médicaments faite le 27 Mars 1943. La pharmacie du pays nous ayant fourni jusqu’à présent ne pourra sous peu subvenir à nos besoins. L’U.G.I.F. nous envoie quelques produits mais qui ne sont pas suffisants. Comme le mois précédent nous nous voyons obligés de vous réitérer les mêmes demandes, c’est-à-dire : Sirop pectoral, reconstituants (extraits de foie, vitamines, Germalpe ( ?).)
En matériel nous avions demandé des seaux hygiéniques et des crachoirs. Malheureusement il n’a pas été donné suite à nos désirs.
Quant à l’appareil de tension demandé, il nous serait non seulement de grande utilité, mais indispensable vu les nombreux malades pour lesquels nous aurions besoin de cet examen. 

ALIMENTATION DES HEBERGES 

Les quantités suivantes de vivres ont été mises en distribution au cours du mois de Mars (Période du 11 au 31) 

Pain

1 327

Kgs

Sucre

150

Kgs

Café

45

Kgs

Graisse

67

Kgs

Pâtes

75

Kgs

Sel

110

Kgs

Vin

1 184

litres

Carottes

240

Kgs

Navets

2 010

Kgs

Topinambours

550

Kgs

Oignons

50

Kgs

Betteraves rouges

120

Kgs

Fromage

74,800

Kgs

Œufs

1 000

 

Julienne déshydratée

59

Kgs

Pommes de terre déshydratées

170

Kgs

Pâte

105

Kgs

Haricots

30

Kgs

Viande de boucherie

190

Kgs

Tripes

13

Kgs

Salador

12

litres

Rutabagas

500

Kgs

Pommes de terre

550

Kgs

                                                                                    Au cours du mois d’Avril 

Pain

3 335

Kgs

Sucre

172

Kgs

Café

52

Kgs

Graisse

78

Kgs

Vin

1 389

litres

Pâté

180

Kgs

Pâtes

87

Kgs

Pommes de terre

550

Kgs

Pommes de terre déshydratées

100

Kgs

Fromage

30,080

Kgs

Confiture

21

Kgs

Chocolat

10,750

Kgs

Sel

100

Kgs

Navets

250

Kgs

Poireaux

105

Kgs

Rutabagas

450

Kgs

Œufs

300

 

Choux

700

Kgs

Salade

625

Kgs

Boudin

55,400

Kgs

Viande de boucherie

105,500

Kgs

Il est actuellement très difficile d’assurer le ravitaillement du Camp en légumes frais. Par lettre en date du 1er Mai référence n° 156 adressée à Monsieur le Directeur Départemental du Ravitaillement sous couvert de Monsieur le Préfet du Gers, nous avons attiré l’attention de l’administration sur les difficultés que nous rencontrons. Nous avons diffusé copie pour information à la Direction Générale de la Police Nationale 5° Bureau, ainsi qu’à Monsieur l’Inspecteur Général des Centres d’Internement et à Monsieur le Médecin, Chef du Service de Santé de la Police Nationale. 

RAVITAILLEMENT DU PERSONNEL 

Nous demandons par la même occasion que le Personnel bénéficie du régime accordé par la circulaire N° VY/D/C. R.I 1652 de Monsieur le Ministre de l’Agriculture, du Ravitaillement en date du 19 août 1942, c’est à dire reçoive le même rationnement que celui pratiqué pour un centre urbain comme la ville de Toulouse.
Actuellement le fonctionnement de la popote du Personnel est très précaire du fait de l’impossibilité de trouver des légumes en quantité suffisante et aussi de l’impossibilité dans laquelle nous nous trouvons de percevoir un ravitaillement semblable à celui des Centres urbains munis de titres spéciaux. 

DISTRIBUTIONS FAITES AUX HEBERGES PAR LES ŒUVRES 

Bien que le Secours National ne dispose pas d’assistante sociale au Centre, nous faisons faire quotidiennement par notre Infirmière-Chef une distribution de légumes cuits ou autres produits, à laquelle participent environ 80 à 100 hébergés. Les denrées employées sont celles fournies par cette œuvre.
La Croix Rouge Suisse qui possède une déléguée au Centre effectue également des distributions. 

HABILLEMENT DES HEBERGES 

Nous avons remis à Madame la Déléguée du Secours National lors de son passage ici, la liste des vêtements qu’il serait nécessaire de fournir à certains hébergés. Le manque de linge de corps se fait particulièrement sentir. 

LOGEMENT. – LITERIE. – CUISINE. 

Les baraquements du Camp sont convenables : clarté, propreté, étanchéité, mais les dortoirs ne sont pas munis de planches à paquetages. L’installation de celles-ci pourra être effectuée par nos soins, mais nécessitera l’utilisation d’un certain volume de bois débité en planches. Nous présenterons à ce sujet un devis et une demande de Bons monnaie matière au 4° Bureau.
Des lavabos ont été sommairement installés en bout de 4 baraques et en plein air. Cette solution qui peut convenir en période d’été, ne peut être maintenue pour la saison d’hiver : exposition à tous vents et à la pluie, risques de chute sur le sol gras, risques d’autant plus à craindre que les hébergés sont des vieillards. Aussi nous envisageons de déplacer ces lavabos et de construire deux appentis pour les y abriter jumelés, l’un dans le quartier hommes, l’autre dans le quartier femmes. Pour réaliser ces deux petites constructions nous serons obligés de recourir à de la main-d’œuvre locale, car nous ne possédons pas au Centre, ni la main-d’œuvre compétente, ni les matériaux et l’outillage indispensable. 

LITERIE 

Rien à signaler. Nous possédons un matériel suffisant. 

CUISINE 

Nous avons installé la cuisine des hébergés dans une baraque à défaut d’autres locaux, mais cette installation présente de graves inconvénients : Insuffisance d’aération pour évacuation des buées et de l’excès de chaleur produit, d’autre part le sol qui est en planches de sapin est difficilement nettoyable et présente un danger d’incendie certain. Nous envisageons de construire un appentis extérieur à cette baraque où les chaudières pourraient être installées. Il y aurait nécessité à tous les égards que cet appentis soit construit en briques ou maçonnerie.
Le matériel de cuisine est suffisant, mais le matériel de distribution est incomplet, il manque environ 15 bassines en zinc ou plats de campement pour pouvoir assurer normalement le service. 

TRAVAIL DES INTERNES 

Etant donné leur incapacité physique, les hébergés ne se livrent à aucun travail pour le compte du Camp, sauf une douzaine de travailleurs qui nous ont été envoyés pour assurer les corvées. 

IV.- LE CAMP 

MATERIEL. – AMEUBLEMENT. 

Les services administratifs ne fonctionnent pas encore normalement par suite de l’absence du matériel indispensable. Nous avons besoin actuellement de ….............. 

MATERIEL ROULANT. 

Nous possédons 1 camion Renault à essence 3 T.500 et une camionnette Berliet 1 T 500 également à essence. En raison de la faible attribution d’essence que nous recevons, en principe 150 litres par mois, nous ne pouvons assurer normalement le service : Ravitaillement à Auch, évacuations sur l’Hôpital, aussi nous devons avoir recours dans la majorité des cas à des transporteurs privés, malheureusement nous n’obtenons pas toujours leurs services à temps voulu. Nous n’avons pas encore de voiture de liaison.
Nous avons saisi de la question Monsieur le Préfet du Gers en ce qui concerne l’attribution d’une voiture de liaison et Monsieur l’Intendant de Police de la Région de Toulouse pour la transformation au gazogène des deux véhicules utilitaires. 

BARAQUES. 

Le camp étant pratiquement au complet actuellement et les services se trouvant à l’étroit nous avons envisagé la construction de 2 baraques supplémentaires et d’un pavillon pour Bureaux, par remploi de matériaux provenant d’autres camps. L’envoi du matériel approprié vient de nous être annoncé par Monsieur l’Ingénieur du Génie Rural, Chef du Service Technique des Camps des Pyrénées-Orientales.
Le Camp comporte actuellement 16 baraques utilisées comme suit :
1 Poste de Police
1 Popote du Personnel
1 Foyer des Œuvres.
1 Bureaux et magasins à vivres.
1 Magasin matériel
1 Vaguemestre, Censure, Logement Infirmière Chef
1 Cuisine des Hébergés.
1 Infirmerie des Hébergés
3 Dortoirs hommes.
5 Dortoirs femmes.
Les baraques dont la construction est envisagée permettront de desserrer les dortoirs et d’organiser certains services comme : tailleur, menuiserie, etc … 

RISQUE INCENDIE. 

Nous avons signalé par lettre du 28 Avril dernier, Référence 135 à Direction de la Police Nationale 5° Bureau, que nous ne possédons au Centre aucun moyen de lutte contre l’incendie et avons demandé une dotation de 40 extincteurs.
Nous avons également demandé 2 extincteurs de bord pour la protection des véhicules automobiles. 

TRAVAUX D’AMENAGEMENT 

Des travaux d’aménagement sont à entreprendre de suite afin d’assurer la viabilité du Camp. Il n’existe qu’une seule artère qui soit empierrée. Les passages conduisant aux cuisines, lavabos Water-closets, sont des sentiers frayés dans la terre cultivable, qui deviennent absolument impraticables lorsque la  pluie survient. Il en résulte un risque d’accidents : glissades sur le sol gras pouvant occasionner des fractures, surtout que la plupart de nos hébergés sont des personnes âgées. Nous envisageons de réaliser des passages empierrés et avons demandé dans ce but à Monsieur l’Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées, une attribution de pierre et de gravier. Nous allons aussi nous préoccuper de trouver du mâchefer.
Il convient que nous entreprenions également la réfection des caniveaux autour des baraques afin de rendre possible l’évacuation des eaux pluviales.
Enfin, les fosses d’aisance n’ont pas été vidées depuis le départ des réfugiés qui occupaient précédemment le camp. Etant donné qu’elles sont pleines, nous avons demandé à l’Entreprise de vidange la plus proche (Entreprise Valesty à Condom) de procéder aux opérations nécessaires lesquelles en principe doivent avoir lieu dans quelques jours. 

CLOTURES 

Le Centre ne possède pas de clôtures, autres qu’à certains endroits une palissade en lattes de bois haute de 1 mètre environ et servant plutôt à la délimitation du terrain. En raison de la destination du Centre, classé actuellement comme Centre d’Accueil, il ne semble pas nécessaire qu’il doive être envisagé de le clôturer d’une façon plus efficace. (phrase soulignée au crayon

CONSTRUCTIONS A ENVISAGER 

Le Camp ne possédant aucune dépendance les services indispensables suivants n’ont pu être installés :
Douches.
Lavabos. (Question traitée au paragraphe Logement)
Lavoir et buanderie.
Etuve à désinfection
Garage pour matériel roulant.
En l’absence de possibilités de permettre aux hébergés les soins indispensables de propreté, nous avons constaté ces temps derniers l’apparition des poux ; nous luttons par tous les moyens en notre possession contre ces parasites, mais faute d’une installation rationnelle de désinfection, nous ne pouvons espérer arriver à une destruction complète.
Cette situation crée un risque d’épidémie au sujet duquel nous nous devons d’attirer tout spécialement l’attention de l’Administration.
La construction de douches et d’une salle de désinfection est indispensable. 

Signé : Royer 

DESTINATAIRES :

Monsieur le Préfet du Gers
Monsieur l’Intendant de Police. Toulouse
Monsieur l’Inspecteur Général des Camps. Vichy
Ministère de l’Intérieur. 2° et 9° Bureau
5° Bureau. Matériel
Archives.