A.D. Gers R 1059

4 Février 1942

LE CONTROLEUR DEPARTEMENTAL COUTENS

A Monsieur le SECRETAIRE GENERAL
Chargé du Service des Réfugiés.

J’ai l’honneur de vous rendre compte de la visite de contrôle que j’ai effectuée le 2 Février à Masseube.

Après le pointage des Allocataires pour lesquels vous trouverez par ailleurs un état signifiant les rectifications à apporter à ce sujet, je me suis rendu à la Cité d’Accueil afin de vérifier l’état des baraquements et du matériel y contenu.

Tout le matériel de couchage et de cuisine, à l’exception des lits fer et des châlits, est entreposé dans le baraquement à ce destiné.

En procédant à quelques pointages, j’ai été appelé à constater que le matériel pris en charge le 10 novembre 1941 par Monsieur le Président de la Délégation Spéciale, ne concordait pas, pour certains articles, avec les quantités indiquées sur le dit inventaire.

Notamment, en ce qui concerne les couvertures, il en a été distribué, sans l’autorisation du Service, 266 aux Réfugiés résidant dans le canton. Egalement, en ce qui concerne les buanderies, il n’en existe que 6 dans les baraquements, 5 se trouvant dispersées en ville, et notamment 2 à l’abattoir municipal, 1 à l’immeuble qui était occupé par Madame de Beylier (sic), et 2 au pensionnat libre de garçons, qui fonctionne à 2 kilomètres de Masseube.

D’autre part, il m’a été signalé que certaines distributions de sacs de couchage auraient été également effectuées, ainsi que quelques matelas.

J’ai donc été amené à demander à Monsieur le Président de la Délégation Spéciale, les prises en charge correspondantes, qui n’ont pu m’être fournies.

Ne pouvant procéder au recollement de tout le matériel ce même jour par suite du manque de temps nécessaire à cet effet, je ne peux donc savoir exactement les différences existant entre l’inventaire de départ et les quantités de matériel demeurant à ce jour.

Je dois en outre attirer votre attention, sur le fait que dans l’un des dortoirs, pourtant fermés à clef, des inconnus s’introduisent la nuit, avec l’aide très probable de fausses clefs, et qu’ils font usage de l’électricité malgré que les ampoules aient été retirées. Ce fait qui m’a été signalé par Monsieur le Président de la Délégation Spéciale, et duquel j’ai pu effectivement me rendre compte, la porte du dit baraquement se trouvant ouverte lorsque j’y ai pénétré – peut être susceptible d’avoir des conséquences fâcheuses en ce qui concerne le risque d’incendie du baraquement, les inconnus ayant transporté dans ces dortoirs une certaine quantité de paille.

En résumé il semble donc :

1°- Qu’il y a lieu de procéder à une régularisation immédiate de cette situation, qui ne correspond pas aux statistiques mensuelles fournies à la Direction des Réfugiés, pour les Centres d’Accueil ;

2°- Qu’il y a lieu de connaître sans retard les localités où les couvertures ont été distribuées, afin que les Maires de ces localités, soient mis à même de prendre en charge ce matériel.

3°- Qu’à mon avis, et pour éviter toute surprise désagréable au cas d’arrivée massive de réfugiés, il importe qu’un contingent fixe de matériel soit affecté au dit baraquement, sans possibilité de distractions, les mouvements d’entrée et de sortie étant seuls réservés aux dépôts de matériel proprement dits et récemment constitués.

4°- Qu’il y a lieu de rappeler à Monsieur le Président de la Délégation Spéciale, qu’aucune livraison de matériel à des personnes ou établissements n’ayant pas la qualité de Réfugiés, ne saurait être effectuée sans votre autorisation préalable.

5°- Qu’il paraît utile de prendre toutes mesures de police nécessaires pour mettre fin à l’intrusion signalée plus haut, dans un des dortoirs, et éviter ainsi le risque d’incendie indiqué.

J’ai profité également de ma visite pour me rendre compte du stock de vêtements et de chaussures encore existant au dépôt de la Mairie de Masseube.

A toutes fins utiles, j’indique ci-après les chiffres de ces stocks :

Vareuses :        16
         Pantalons :       23
         Vestes :             9
         Chemises          9         
         Tricots :           16
         Bas :                17 paires
         Sabots :            10 paires
         Chaussons :      9 paires
         Chaussures :     28 paires

Signé R. Coutens