A.D. Gers 1W 617

Préfecture du Gers
I° division, 2° Bureau
Etr-Se/OJ

Auch le 28 août 1945

Le Préfet du Gers,

A Monsieur le Secrétaire Général adjoint du Mouvement National contre le Racisme
2, place de la Préfecture,
à MARSEILLE.

Monsieur,

En réponse à votre lettre du 21 août courant, j’ai l’honneur de vous faire connaître que contrairement aux renseignements qui vous ont été fournis, il existe dans la commune de MASSEUBE, un centre d’hébergement et non un camp de concentration.

Ce centre a été créé en 1943 sous la direction du Ministère du Travail, et qui relève actuellement du Ministère de l’Intérieur (rayé à la main ; NDLR : « …créé en 1943 sous la direction du Ministère de l’Intérieur, et qui relève maintenant du Ministère du Travail »), comprend un effectif de 221 étrangers se décomposant comme suit :

- 108 espagnols venus en France en 1939 lors le la défaite du Gouvernement républicain espagnol ;

- 94 allemands israélites déportés d’Allemagne en octobre 1940 ;

Ces hébergés sont tous des réfugiés politiques privés de la protection diplomatique de leur pays d’origine.

En ce qui concerne l’installation du centre, elle ne semble pas aussi défectueuse comme on a bien voulu vous le signaler si l’on en juge d’après le rapport que m’a adressé le 11 février 1945, le Capitaine Robert MONHEIT, aumônier militaire israélite, chargé de mission, et dont voici les principaux passages (ce paragraphe est mis en exergue par l’inscription d’une épaisse croix en marge) :

« Ayant visité le centre de Masseube, où sont hébergés 150 personnes dont 120 israélites, j’ai trouvé celui-ci dans un état très satisfaisant, naturellement on aurait besoin d’y faire quelques aménagements.

Je ne puis que féliciter M. le Directeur ROUGERIE ( BOURGERIE), qui par son dévouement, a réussi à tenir ce centre très propre, l’état sanitaire est aussi satisfaisant. ( » )

J’ajoute que le 26 mars dernier, mes services ont procédé à une visite du centre, au cours de laquelle les hébergés n’ont formulé aucune réclamation au sujet de la nourriture, ni de leur installation ils ont simplement demandé l’attribution d’un contingent de vêtements et de chaussures.

Leur demande étant justifiée, j’ai pu sur mon intervention auprès du Service Social des Emigrants, 391 rue de Vaugirard à Paris, leur faire obtenir des chemises, des chaussettes et des sandales.

Au point de vue discipline, les hébergés munis d’une carte d’identité délivrée par le Chef du Centre, circulant (sic) librement sur le territoire de la commune de MASSEUBE et bénéficient d’une permission de 15 jours tous les deux mois.

Etant largement acquis au principe d’élargissement, je leur accorde la libération totale et définitive sous réserve qu’ils remplissent l’une des conditions suivantes :

- 1° qu’ils puissent être recueillis par des parents qui s’engagent à subvenir à leurs besoins ;

- 2°  qu’ils aient eux-mêmes les moyens de subvenir à leurs besoins au minimum pour un an ;

- 3° qu’ils aient un emploi salarié dans l’économie privée et l’autorisation de travailler.

Jusqu’à ce jour 50 hébergés ont été libérés.

Je vous signale enfin qu’aux termes d’instructions récentes de M. de Contrôleur Régional de la M.O.E. de Toulouse, les israélites du centre de Masseube vont être pris en charge par la Fédération Juive et seront dirigés vers le I septembre prochain sur un centre privé à Pau. Toutes instructions ont été données pour qu’il soit procédé à leur libération.

J’ose croire que ces explications vous donneront tout apaisement sur la façon dont sont traités les hébergés du centre de MASSEUBE, et suffiront à vous démontrer que les renseignements qui vous avaient été fournis étaient exagérés et dénués de tout fondement.

Les renseignements fournis ci-dessus ont été déjà adressés à plusieurs comités du Mouvement National contre le Racisme,

Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée,

Le Préfet,

PS (à la main) : J’ajoute que déjà une de vos sections m’a écrit à ce sujet. J’ai le sentiment que la plainte non fondée émane d’une israélite allemande plus que sujette à caution.