A.D. Gers 1W617

Centre d’Accueil n° 24 bis
MASSEUBE (Gers)

Masseube le 29 septembre 1945

Le Chef du Centre n° 24 bis à Masseube

A Monsieur le PREFET DU GERS.
Auch.

Objet : Lettre de réclamation du Comité Français contre le Racisme, à Nice.

Réfer : v/lettre « Etrangers » S/MS du 15/9/45.

En accord avec les instructions que vous m’aviez données de vive voix lors de votre récente visite au Centre de Masseube, j’ai l’honneur de vous rendre compte du résultat des démarches que j’ai faites dans le but de situer les responsabilités des gens qui ont fournis (sic), soit directement, soit indirectement, des éléments au Comité Français contre le racisme, pour l’établissement de la lettre de réclamations que vous a adressée ce Comité.

Dans une de mes dernières lettres je vous signalais que les SEIZE personnes dont les noms avaient été fournis, n’étaient pas des signataires mais des nécessiteux dont les noms avaient été donnés sur la demande du Comité.

Ces gens sont dès maintenant hors de cause du fait qu’ils n’ont aucune relations directes (sic) avec l’affaire proprement dite.

La Déléguée au Centre, de la Fédération Juive a par une lettre émouvante, dont je vous ai adressé une copie, disculpé de toutes ses forces ces SEIZE personnes, dont elle avait fourni la liste sur la demande de l’Infirmier du camp le Docteur Robert JOKL, également hébergé à Masseube.

L’Infirmier JOKL avait été avisé par Madame (…) qu’une lettre du Comité de Nice était arrivée chez Madame (…) à Masseube.

En possession de ces premiers éléments, je vous ai par ma lettre n° 1945 du 8 septembre demandé l’autorisation de confronter ces trois personnes, (les deux dames de Masseube) et l’Infirmier JOKL.

Ce vendredi 28 septembre à 15 heures, j’ai procédé, avec votre autorisation, à la confrontation.

Lors de celle-ci, (Mr. P.) m’avisa que lui seul s’était occupé de cette affaire, il me communiqua un brouillon de lettre, dont copie ci-jointe, qui aurait été écrite pour donner suite à une demande du Comité de Nice.

De ce document, il ressort que les renseignements fournis n’étaient pas de nature à permettre d’échafauder la réclamation du Comité de Nice, si toutefois le brouillon qui m’a été présenté, est comme l’affirme (Mr. P.), exactement conforme à la lettre qu’il a adressée à Nice.

D’après ses dires, (Mr. P.) aurait reçu d’un de ses amis, Monsieur Marcel BUREAU, (…) Président du C.O.S.O.J.O.R. (COJASOR) dont les bureaux se trouveraient à la Préfecture de Toulouse, une lettre le priant de faire très discrètement une enquête sur le Camp de Masseube, auprès des hébergés et de la population avec recommandation d’éviter que j’en sois informé.

(Mr. P.) a fait l’enquête prescrite et n’aurait répondu que par une seule lettre dont il m’a communiqué le brouillon et dont vous trouverez la copie incluse, il a joint à cette lettre la liste des SEIZE hébergés nécessiteux, qui lui a été communiqué (sic) par l’Infirmier JOKL, à qui j’ai fait grief d’avoir été au courant et de ne pas m’avoir avisé.

Pour résumer, Madame (…) et l’Infirmier JOKL n’ont eu à tenir qu’un rôle passif dans l’affaire ; il n’en est pas de même de (Mr. P.) qui s’est nettement compromis et nettement engagé en acceptant de répondre par écrit, à des questions que ni ses fonctions ni son âge n’autorisaient à trancher, sans l’avis d’une autorité responsable.

J’ai exposé en détails à (Mr. P.) que cette responsabilité telle qu’il l’a prise pouvait être grosse de conséquence et je me permets de vous suggérer qu’il serait utile, pour éviter un précédent et surtout pour inciter les « mouches du coche » à ne s’occuper que de ce qui les regarde de convoquer à la Préfecture, (Mr. P.) et de l’inviter à ne pas se mêler à l’avenir des choses qui ne peuvent que lui être préjudiciables à tous les points de vue.

Pour conclure, il ressort clairement que seul le Comité de Nice reste en cause, une raison encore inconnue l’a poussé à mener cette campagne. (Mr. P.) et l’Infirmier JOKL n’ont été que des intermédiaires inconscients et maladroits, l’enquête doit être continuée à Nice au sein du comité et je suis persuadé que l’origine y sera découverte, car c’est là que se trouve la solution.

LE CHEF DE CENTRE

Pierre Bourgerie

(Tampon à la Croix de Lorraine)