A.D. Gers R1059

République française

COMPTE RENDU d’ACTIVITE
du Mois de NOVEMBRE 1944.
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

I° ENCADREMENT DU CENTRE.

Effectif total des hébergés au 30 Novembre 1944 …. 198

a)- Encadrement français

Chef de Centre            1
         Adjoint                        1
         Comptable                   1             
                                Total    3

b)- Auxiliaires étrangers

            Secrétaires                                          2
            Vaguemestre                                       1
            Magasinier                                          1
            Aide magasinier                                  2
            Assistante sociale                                1
            Infirmier chef                                     1
            Infirmier                                            1
            Aide infirmier                                     1
            Chef cuisinier                                     1
            Aide cuisinier                                     6
            Hommes et femmes de corvée            4         
                                                       Total    21

II.- AU POINT DE VUE MORAL. 

a)- Etat d’esprit des Hébergés. 

Nota. Aucun  hébergé n’est détaché à l’extérieur – tous logent et mangent au Centre.

A l’annonce du transfert éventuel du Centre de Masseube à Lourdes, une certaine inquiétude s’est manifestée en particulier parmi les femmes - voyant la mauvaise saison arriver ; la tranquillité est maintenant revenue, car elles espèrent que le mouvement n’aura pas lieu avant le printemps prochain. Je demande que cette raison soit prise en considération par Monsieur le Contrôleur Régional.

D’autre part au début du mois le changement de Direction du Centre a été la cause de certaines appréhensions de la part de l’ensemble des hébergés. Mais je crois pouvoir dire qu’à l’heure actuelle ces craintes sont complètement disparues, car j’ai récemment reçu personnellement une délégation qui m’a assuré de la satisfaction générale des hébergés du Centre.

Les hébergés se contentent de la nourriture du Centre qui n’est pas très copieuse (1), mais très bien confectionnée. Le logement reste ce que peut être un logement de baraque qui, sans être confortable reste malgré tout assez bien accueilli par les hébergés de conditions même au dessus de la moyenne.

(1) voir Chapitre III, alinéa F, poste 4.)

b)- Activité du foyer. 

Une Assistante déléguée du Comité Inter-mouvement auprès des Evacués assure le contrôle et la tenue du Foyer, une partie du mobilier, l’appareil de Radio, la bibliothèque, les jeux etc. sont la propriété du Comité. Un surveillant-général nommé par le Chef de Centre assure la surveillance et fait la liaison avec la Direction du Centre.

La bibliothèque est ouverte trois fois par semaine, la bibliothécaire est désignée par l’Assistante déléguée du Comité avec l’assentiment du Chef de Centre.

L’exercice des cultes catholique et protestant a lieu au foyer.
            Pour les catholiques = Messe le Dimanche matin par l’Aumônier du Centre.
            Pour les protestants = Services le Dimanche après-midi par l’assistante déléguée du C.I.M.A.D.E.
            Pour les israélites = Une partie de baraque a été aménagée en Synagogue, où l’exercice du culte a lieu le vendredi soir et le Samedi matin.

Le foyer est un lieu très apprécié des hébergés qui fonctionne le soir jusqu’à 22 heures.

c)- Instruction des enfants.

Le Centre de Masseube n’héberge aucun enfant.

d)- Reclassement des hébergés.

I° Aucune offre d’emploi n’a été reçue durant le mois de Novembre.
II° Aucun hébergé n’a été remis au travail durant le mois de Novembre.
III° Il n’y a pas lieu d’envisager de reclassement au Centre de Masseube, car il s’agit de femmes la plus part (sic) âgées, de vieillards ou d’hommes de capacités extrêmement réduites.

e)- Etat des relations des hébergés avec la population civile ;

Les hébergés ont la libre circulation dans la Commune de Masseube, beaucoup se sont créés (sic) des relations parmi les habitants - à la suite d’une enquête faite par moi-même auprès de diverses personnalités locales il ressort que rien ne peut être reproché aux hébergés mais au contraire du fait qu’une grande partie n’est pas dénuée de ressources, ils sont pour les commerçants de Masseube une source de profit sur laquelle ils ne pourraient compter sans l’existence du Centre.

f)- Etat des relations du Centre avec les Œuvres privées et les Autorités locales.

- L’Union de résistance juive possède deux délégués parmi les hébergés, qui sont chargés de répartir les dons faits par cet organisme. Les relations avec la Direction et les délégués sont très bonnes.

-Les Quakers ont arrêté la presque totalité de leurs envois, le petit stock qui reste à distribuer est géré par l’Assistante déléguée du C.I.M.A.D.E.

- Le C.I.M.A.D.E. est représenté au Centre par Mlle SENAT, assistante déléguée, avec qui les rapports sont excellents.

- Œuvres catholiques de Masseube. L’abbé Dauzer, aumônier du Centre est chargé de la répartition des dons, il est aidé dans sa tâche par des Dames charitables de Masseube. Les relations avec toutes ces personnes sont très bonnes.

- Autorités locales. Les Contacts d’usage ont été établis par le nouveau Chef de Centre avec les diverses autorités de Masseube, Maire, Commandant de Gendarmerie, Chef Cantonal de la Résistance, Délégué du Mouvement Prisonniers et Déportés etc… et tout porte à croire que ces rapports seront toujours excellents.

III. AU POINT DE VUE MATERIEL.

a)- Confort des locaux.

- Les locaux du Centre sont installés dans 16 baraques de bois à doubles cloisons, couvertes en tuile.

- Le chauffage est assuré par des poêles « dits du génie » au nombre de deux par baraque.

- La literie et le matériel de couchage est propre et bien entretenue.

- Le confort est celui qu’il est permis de se donner dans une baraque, c’est à dire très relatif.

- Baraques des femmes. Plus coquettement installées que celles des hommes, mais il est difficile au visiteur de s’évader d’une impression pénible à la vue de ces femmes âgées couchant en une sorte de chambrée ;
Chaque baraque abrite environ 30 femmes couchant dans des lits métalliques que la plupart agrémentent d’oripeaux personnels qui font un contraste pénible et qui choque le moins sensible.

Les repas sont pris dans les baraques à la gamelle sur des tables installées dans la travée centrale ; dans la journée ces tables sont parées de pauvres napperons encadrant des boîtes de conserve où sont piquées des fleurs ;

Malgré tous ces efforts et malgré aussi l’habitude dans laquelle se trouvent confinées ces vieilles femmes, l’atmosphère est pénible, choquante et inconfortable.

Si le séjour en baraque devait se prolonger, il serait utile et surtout social, d’envisager la construction dans les baraques de petites boxes donnant l’impression de petites chambres ce qui permettrait aussi aux vieux ménages de pouvoir vivre plus ensemble.

L’installation d’un réfectoire avec matériel serait à prévoir dans l’organisation future.

- Baraques d’hommes. Les hommes sont logés dans les mêmes conditions, mais toute coquetterie en est exclue, on y constate la même insouciance et les mêmes inconvénients que dans tous les camps ou centres similaires, malgré qu’il soit question d’hommes âgés et même de vieillards.

- Lavabos. Des lavabos-auges en fonte émaillée à 4 robinets sont installés à l’extérieur des baraques en bordure de la grande allée principale du Centre. Par tous les temps, les hébergés, hommes et femmes, doivent faire leur toilette dehors exposés aux regards de tous, des passants et des visiteurs. Cette façon de faire diminue considérablement la minutie dans les soins corporels, surtout qu’à Masseube aucun bains-douches ne fonctionne. Pour prendre un bain, les hébergés doivent se rendre à Auch, à 24 km. Cette lacune devrait être comblée en vue de l’installation future.
Les lavabos servent aussi aux lavages du linge ; aucun lavoir ni séchoir n’a été prévu, il s’ensuit que continuellement les fenêtres, les haies, les palissades, les pelouses sont pavoisés de défroques de toutes couleurs qui donnent au Centre l’aspect d’un camp de nomades.
Ces critiques ne sont faites qu’en prévision de l’installation future.

b)- Etat vestimentaire – chaussures.

L’Etat vestimentaire des hébergés non travailleurs peut être considéré comme relativement bon.
Les travailleurs israélites, espagnols ou autres qui sont employés au Centre à divers travaux ou diverses corvées, tels que débardage, chargement ou sciage du bois de feu, nettoyages divers etc. employés aux cuisines etc. ne possèdent pour la plupart que ce qu’ils ont sur eux, c’est à dire les vêtements prêtés par le Centre qui sont actuellement presque tous en mauvais état.
Il y aurait lieu de prévoir pour cette catégorie :
            50 chemises de travail
            50 pantalons de treillis
            10 paires de bottes en caoutchouc.
            -autorisation de rémunérer au Centre un Cordonnier avec possibilité d’approvisionnement en cuir, pointes et fil ;
            -autorisation de rémunérer au Centre un tailleur avec possibilité d’approvisionnement en fil et aiguilles ;
            -attribution d’une machine à coudre.

c)- Nourriture – aperçu de l’ordinaire.

Les cuisines sont propres, bien installées, et l’organisation en est parfaite, seul l’équipement en petit matériel, tel que couteaux de cuisine, plats de campement etc. serait à envisager ;
Les cuisines étant placées à l’extrémité sud du Centre, se trouvent très éloignées des baraques de l’extrémité nord, 200 m environ.
Du fait qu’il n’existe pas de réfectoire ni aucun matériel de réfectoire, les distributions sont faites à la cuisine par baraque dans un matériel assez hétéroclite, et à l’heure des repas par tous les temps, on doit assister à un défilé de vieilles gens transportant les repas dans un matériel de fortune.

Ordinaire. Le gros souci du Chef de Centre est d’obtenir le maximum de qualité et de quantité dans la confection de la cuisine et le plus de soins possible dans la composition des menus, malgré les moyens réduits mis à sa disposition, - sur  ce point le Chef de Centre est secondé par un très bon Chef-cuisinier.

Aperçu de quelques menus du mois de Novembre 1944
            9 Nov. Midi. Soupe. Haricots et pommes de terre, viande.
            19 Nov. Midi. Soupe, Macaroni, Viande.
            19 Nov. Soir. Soupe, Pommes de terre, haricots, Compote.
            26 Nov. Soir. Soupe, Pommes de terre, choux.
            Boisson – vin
Un cahier de menus est tenu à jour et signé par le Chef de Centre.

d)- Ravitaillement. Le ravitaillement en légumes est assuré par l’O.C.A.D.O. à Auch ; les Denrées contingentées par le Service des Subsistances, le commerce local entre également en ligne de compte.

e)- Etat sanitaire des hébergés. L’état sanitaire des hébergés est satisfaisant grâce au grand air et à la nourriture confortable du Centre.
            1°)  Nombre de malades dans le mois de Novembre : 2
            2°)  Nombre de cas graves ayant nécessité l’hospitalisation : néant.

f)- Situation financière du Centre

            1°) Boni au 30 Novembre 1944 :  Ordinaire : 36.794 frs
                                                              Gestion :   16.220 frs
                                                                                     
            2°) Recettes du mois de Novembre 1944 : Ordinaire : 83.295 frs
                                                                          Gestion :   29.052 frs

            3°) Dépenses du mois de Novembre 1944 : Ordinaire : 76.760 frs
                                                                            Gestion :   30.342 frs                                                                      

IV. Difficultés de trésorerie

Ordinaire : Insuffisance de la prime d’alimentation de 15 frs, du fait de l’augmentation des denrées, - elle devrait être portée à 20 frs.

Gestion. L’avance provisionnelle de 16.200 - est nettement insuffisante, elle devrait être portée à 50.000 frs.

V. Conclusions.

Pour conclure, il serait indispensable qu’une indication précise me soit donnée sur la date du transfert du Centre à Lourdes ; car, si nous devions passer l’hiver à Masseube, des dispositions devraient être prises d’urgence pour :

            1°) Achat et emmagasinage de bois de feu. (Consommation d’hiver 90 stères par mois environ)

            2°) Achat et emmagasinage de denrées et de légumes pour l’hiver : pommes de terre, carottes, oignons, haricots etc….

            3°) Réparations urgentes : telles que couvertures en tuiles de 6 WC, qui ont été découverts pour réparer les baraques après l’attaque aérienne du 10 janvier. Remise en état des cloisons de baraques, portes, fenêtres, châlits, hangars, etc… Réparation et entretien des écoulements des lavabos.

Ces achats et ces réparations avaient été ajournés à la suite de l’annonce d’un départ imminent pour Lourdes.

Pour exécuter ces réparations les matériaux suivants sont indispensables :

a) tuiles. 2000 environ se trouvant à Montestruc à l’ancien Groupe 862. La camionnette du Centre pourrait les prendre lors d’un voyage à Auch.

b) bois de menuiserie. 3 mètres cubes en voliges, planches, chevrons, bastaings et madriers seraient nécessaires pour les réparations. Je demande une attribution de bons – monnaie – matières pour cette quantité, ainsi que 20 Kg de pointes.

c) petit matériel de soudeur. Une lampe à souder, un fer à souder et leurs accessoires, de la soudure (autorisation d’achat).

d) tuyaux de poêles. Attribution de 10 m de tuyaux de 80 m/m pour poêles du génie.

4°) Mesures contre l’incendie. Le Centre ne possède que 8 extincteurs pour 16 baraques dans lesquelles il y a constamment du feu et où se tiennent des personnes âgées. Une attribution minimum de 8 (huit) extincteurs « Mousse » avec charge serait indispensable ; (La réglementation en vigueur prescrit un extincteur à chaque orifice d’extrémité). L’attribution normale devrait donc être de 24 (Vingt-quatre) au lieu de 8 (huit) demandés.

5°) Infirmerie. L’assistante sociale a cessé ses fonctions le 30 Novembre. Je renouvelle ma demande de la remplacer d’urgence.

6°) Bureaux.
         a) Personnel. Un ou une secrétaire-dactylo auxiliaire serait à prévoir ; l’autorisation d’embauchage peut-elle m’être donnée d’urgence ?
         b) Matériel. Aucune armoire fermant à clé ou non n’existe aux bureaux du Centre, le nombre des tables est très juste et les chaises sont presque inexistantes. A ce sujet je signale qu’à Tarascon s/Ariège au Groupe 558 en dissolution il existe une armoire métallique fermant à clé, des tables et des chaises. Une mutation de matériel pourrait être faite. Le chargement pourrait être complété par la machine à coudre tailleur (le Centre n’en possède pas) et du cuir 60 Kg, qui se trouvait à ce Groupe, au cas où les autorisations d’avoir un cordonnier et un tailleur au Centre seraient accordées. La camionnette du Centre pourrait faire le chargement (dernière phrase : ajoutée à la main au crayon).

7°) Transports – Véhicules. Grâce au chauffeur embauché de principe au 1er Novembre, pour lequel j’attends la régularisation de sa position, la camionnette assure tous les transports. Dans le but d’économiser l’huile et le carburant il serait rationnel d’utiliser la charrette du Centre, mais mulets et chevaux ont été mutés au Centre de Seillant ; il serait utile qu’une bête de trait, un mulet de préférence soit reversé au Centre de Masseube.

En résumé, je serais extrêmement obligé à Monsieur le Contrôleur Régional de bien vouloir me faire parvenir à toutes les questions ci-dessus, des réponses précises afin de pouvoir envisager avec certitude la période d’hiver et m’indiquer si possible par retour du courrier la date à laquelle il pense faire effectuer le transfert du Centre de Masseube à Lourdes.

Masseube le 8 Décembre 1944.

Le Chef de Centre

Pierre BOURGERIE